Sortie en salle le 5 novembre
Le Cid d’Emmanuelle Gorgiard
Amour, honneur et mandibules
Le poème de Corneille, raffiné et cruel, est une somme de conflits et d’émotions extrêmes. Orgueilleux, les personnages du Cid incarnent des «postures» culturelles, historiques et sociales. Déterminés par un principe absolu, «l’honneur», ces personnages font leur «devoir» en répondant par le sacrifice et la vengeance aux offenses qui leur sont faites. Au nom de l’honneur, Chimène, Rodrigue et son père sacrifient vie, amour ou progéniture. L’honneur les oblige à des choix «cornéliens», il détermine leur conflit interne. Chez Corneille, la logique des personnages est d’aller au bout de leur principe d’honneur. La logique des insectes sera de réaliser littéralement les enjeux du Cid.
Physiquement, les insectes offrent à l’homme un miroir horrifiant et précieux. Leurs yeux protubérants comme un signe de cérébralité, leurs membres agiles à fabriquer des abris ou à tuer et leur grande résistance, nous offrent une représentation de notre «part d’ombre». Cette symétrie contribue à en faire des figures archétypales, puissantes et inquiétantes, déclenchant nos comportements phobiques.
Privilégié par la mise en scène, le personnage de Chimène (auquel Judith Henry prête sa voix) expose son caractère versatile. Le choix «cornélien» de Chimène est déterminé par la présence ou l’absence de Rodrigue. Fondante d’amour dès qu’elle le voit, elle retrouve sa contenance et son orgueil criminel en son absence.
Ce héros idéal qu’est le Cid (orgueilleux, conscient, invincible) est dans ce film une chimère. Rodrigue, incapable de se souvenir de son texte, s’appuie sur un Cafard-souffleur sans lequel il n’est qu’un criminel dépourvu de discours. Il sert l’intrigue sans se douter que son rôle véritable est de nourrir littéralement cette compagnie d’insectes.
Parce que nous sommes dans une tragédie et que le théâtre fait partie du monde de l’arène, les duels sont chorégraphiés comme des corridas. Ainsi, le Comte, brutal, fonce sur Don Diègue comme un taureau fou... Rodrigue sur ses hautes pattes gambade tel un picador, toréant avec une feuille en guise de muleta…
Le duo final de Chimène et Rodrigue, à la fois combat et scène d’amour, se réfère directement aux danses sévillanes. Le port fier de la tête, le défi du regard, la cambrure affirmée, les membres agiles dessinant des arabesques dans l’espace accentuent l’expression « hispanique » de ce couple racé. Dans ce ballet fébrile, érotique et vénéneux, Chimène affronte Rodrigue jusqu’au final mortel.
L’animation est traditionnelle, en trois dimensions, les marionnettes évoluant sur leurs pattes. Le déplacement des insectes révèle une surprenante proximité avec l’animation. Les pas loufoques du bousier, la toilette extravagante de la mante religieuse et la fuite chaotique des fourmis ont été des repères pour le constructeur des marionnettes et les animateurs.
La chorégraphe Cécile Apsâra a enseigné des rudiments de Flamenco à l’équipe du film qui s’en est inspiré pour la conception des marionnettes et leur animation.
Raffinée et populaire, la musique de Thierry Robin chemine du Rhajastan à la Hongrie en passant par l’Espagne et le Maroc. La musique gitane est pour lui le pont le plus évident entre l’Orient et l’Occident. Il en fait le coeur de son premier album, Gitans dont l’adaptation pour la scène a été jouée dans de nombreux pays. À la croisée des musiques orientales, arabes, andalouses, ses compostions
originales accompagnent le parcours intérieur de Chimène. Elles expriment son amour, sa colère, son désir… La sonorité étrange de cet instrument ancien introduit de la gravité dans l’ironie du film. D’autres instruments expriment le déplacement, l’agilité et la finesse des insectes.
Ils évoquent une Espagne ancienne. Frappées ou pincées comme dans un flamenco, les cordes intensifient la dramaturgie des événements.
Emmanuelle Gorgiard
Travail sur la séquence 2
Découverte de deux outils de la réalisation
Le storyboard (souvent appelé continuité dessinée ou scénarimage) est un document technique généralement utilisé au cinéma en préproduction afin d’anticiper la réalisation de l'ensemble des plans qui constitueront le film.
On y dessine les détails du film, avec la plus grande exactitude possible, afin de visualiser et planifier le tournage. Il constitue donc un outil de référence lors de la production du film.
Dans le cas d’un film d’animation, le storyboard est souvent animé. Les travellings, zoom et autres intentions de réalisation sont appliquées sur les cases du storyboard. Ce nouvel outil de travail s’appelle l’animatic. Cela permet de minuter les plans et d’évaluer plus précisément qu’au storyboard le temps de tournage. L’animatic permet également de faire la détection des voix pour que les animateurs fassent parler les marionnettes au même rythme que la voix des comédiens.
Ci-dessous, vous trouverez le storyboard et l’animatic de la séquence 2.
Cette séquence introduit quatre personnages (le Comte, Don Diègue, Rodrigue et le cafard) et place l’intrigue du Cid. Elle correspond aux scènes 3, 4 et 5 de l’acte I de la pièce de Corneille.
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Pour aller plus loin...
Le documentaire Rodrigue as-tu du coeur ? de Céline Dréan et le court métrage Le Cid d’Emmanuelle Gorgiard est disponible sur le double DVD pédagogique du programme Pleine Lune
en vente ici 15 euros HT + frais de port / +d’infos sur le film
Sujet de Court Circuit, l’émission d’Arte, sur les coulisses du film
Sur Le Cid de Corneille
Jouer avec le Cid de Corneille
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